2010年10月05日

PLAYTIME (film français de Jacques Tati - 126 minutes - 1967)

Charles Chaplin reconnaissait l’influence de Max Linder sur sa propre création, mais c’est avec Jacques Tati que le burlesque français a trouvé son plus beau représentant. Connu dans le monde entier pour son légendaire personnage de Monsieur Hulot, Tati est aussi un des rares cinéastes hexagonaux à avoir reçu un Oscar en 1959 (pour Mon oncle, 1958).
En 1967, Tati investit tout son génie dans un projet colossal et visionnaire, totalement rejeté et incompris à sa sortie, et qui lui fera perdre simultanément tout son crédit artistique et son poids financier. Playtime (1967), donc, maintenant unanimement célébré, est une pièce essentielle de la filmographie de ce maître de la comédie, une œuvre singulière et personnelle.
Près de dix ans après Mon Oncle, revoici Monsieur Hulot, perdu dans les dédales d’un Paris extrêmement moderne. De multiples rencontres plus ou moins avortées émaillent le parcours labyrinthique de Hulot dans cette capitale fantomatique et kafkaïenne : cadres ternes et super actifs, anciens camarades de régiment, VRP sur les nerfs et autres touristes américaines s’extasiant sur d’immenses buildings impersonnels. Tout ce beau monde se retrouve finalement le soir pour l’inauguration en grande pompe du Royal Garden, restaurant chic dont le standing n’est que de façade. S’ensuit alors un déluge de catastrophes… et de gags.
Ce personnage absolument central de tous les opus de Tati est ici réduit à une fonction de fil conducteur. Tout au long du film, Monsieur Hulot hante de sa présence l’univers aseptisé du modernisme selon Tati mais sans qu’aucune trame narrative ne se dégage vraiment. Hulot ≪ visite ≫ un Paris uniforme et subit une série de gags. Playtime est une comédie dans laquelle s’impose un regard particulièrement critique sur la société de consommation de masse qui se profile alors à l’horizon, dès 1967.
La démarche de Tati pour parvenir à ses fins est habile. Il présente une ville totalement monotone, où tous les bâtiments sont identiques, où les appartements sont absolument semblables, où les hôtels ne diffèrent pas du hall d’un aéroport… Dans une agence de voyage, les touristes s’enthousiasment devant les affiches publicitaires de plusieurs destinations : New York, Londres… Chaque affiche montre un immeuble identique.
Le monde que nous décrit Jacques Tati est donc totalement standardisé. Ce qui rend identifiable Paris ici, c’est le reflet de certains de ses monuments dans les vitres et les portes. Ainsi, ce Paris d’un autre temps est seulement suggéré. Il n’a pas fait face à l’expansion du libéralisme et s’est laissé envahir.

Pierre Silvestri


posted by Pierre at 00:27| 奈良 ☀| Comment(0) | TrackBack(0) | Cinéma européen | このブログの読者になる | 更新情報をチェックする
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