2009年11月07日

LE REGARD D’ULYSSE (film turc de Théo Angelopoulos - 169 minutes - 1995)

Quand le cinéma évoque l'Histoire avec un H outrageusement majuscule, il y a évidemment quelque chance pour qu'il se prenne les pieds dans le tapis de la grandiloquence et de la solennité ennuyeuse. À ce titre, l'argument du film Le Regard d'Ulysse, opus majeur de Théo Angelopoulos, est une sorte de cas d'école.
C'est l'histoire d'un cinéaste, A., qui revient dans son pays la Grèce et entreprend de se balader dans les Balkans, pas pour jouer le touriste, bien sûr, mais pour une quête menée à de multiples niveaux. D'abord, retrouver une mémoire du cinéma : les films disparus des frères Manakis, documentaristes balkaniques du début du XXe siècle qui cavalaient de pays en pays pour enregistrer la vie de tous les jours. Par la même occasion, le cinéaste part à la recherche du temps perdu, de ses amours anciennes comme de ses racines d'homme européen. En contrepoint, omniprésente, se dessine la radiographie d'un continent tout aussi déchiré que la psyché du personnage, avec notamment l’échec du communisme dans les Balkans qui a sombré dans la dictature et la guerre ethnique en ex-Yougoslavie du début des années 90 qui a vu le fascisme serbe entraîner le génocide du peuple bosniaque.
Si la fiction d'Angelopoulos n'était que le développement linéaire de ces éléments scénaristiques, elle ne serait pas aussi passionnante qu’elle ne l’est. Or, Le Regard d'Ulysse est avant tout un grand film « de » la pensée, et pas « sur » la pensée. C’est l'histoire d'une psychologie en mouvement à travers un itinéraire mélancolique d'une beauté majestueuse.
En revenant à L’Odyssée d’Homère et au mythe d’Ulysse, Angelopoulos développe toute une réflexion sur l’aventure humaine ainsi que sur son rapport à l’Histoire et à Dieu.
Il donne au récit le caractère d’un mythe en accumulant des éléments immémoriaux : le Danube, les idoles brisées et les ruines modernes. Son film est un monumental état des lieux. La durée de l’œuvre et les méandres géographiques du parcours que le cinéaste propose traduit le projet de construire l’épopée contemporaine.
Que cherche A. dans les bobines oubliées ? Un regard originel et innocent sur l’histoire de l’Homme. Tout comme Ulysse, son regard peut porter toute l’aventure humaine.

Pierre Silvestri


posted by Pierre at 13:12| 奈良 ☀| Comment(0) | TrackBack(0) | Cinéma européen | このブログの読者になる | 更新情報をチェックする
この記事へのコメント
コメントを書く
お名前:

メールアドレス:

ホームページアドレス:

コメント:

※ブログオーナーが承認したコメントのみ表示されます。

この記事へのトラックバック
×

この広告は180日以上新しい記事の投稿がないブログに表示されております。