2009年07月09日

APRILE (film italien de Nanni Moretti - 78 minutes - 1998)

Depuis 1976, Nanni Moretti a signé dix longs métrages qu'il considère comme les « dix chapitres d'un même roman ».
En près de trente-cinq ans, Moretti a raconté une histoire italienne où l'intime le dispute à la chose publique. Où l'ironie et l'autodérision campent un univers sincère et sans concession tout entier organisé autour de Nanni-le névrosé (Journal intime en 1994), Nanni-le politique (Palombella Rossa en 1989, Le Caïman en 2006), Nanni-le père de famille (Aprile, La Chambre du fils en 2001). Comme il le déclare : « Il semble qu'en partant de moi, je sois parvenu à raconter les autres. » Dans ce cinéma narcissico-autarcique, et c'est tout l'art du contre-pied de Moretti, les autres fourmillent. Amis, père et mère enseignants, frère aîné, compagne ont dès le début constitué la tribu Moretti.
Aprile adopte la structure zappée, saccadée, fractale du hip-hop : c'est un film qui avance cahin-caha, qui carbure au doute, à la critique, au surplace et au retour en arrière, aux embardées et aux ellipses.
Après le roman de Journal intime (1994), voici le carnet de notes gribouillé au hasard des jours et des pages, le cahier de brouillon griffonné et raturé au gré des intuitions et des pensées. Pourtant, sous ses airs aléatoires et fracturés, Aprile est un film limpide à suivre.
La première raison tient évidemment au personnage Moretti lui-même, à son corps burlesque et à ses saillies humoristiques régulières ; Aprile peut bien partir dans tous les sens, caler ou faire des détours, le corps de Moretti est toujours là comme une balise qui fait masse, un point d'ancrage omniprésent, un centre structurant qui autorise toutes les libertés.
La seconde raison tient à la structure souterraine du film, à la fois très simple et très solide. Le désordre apparent d'Aprile est ainsi ordonné par trois fils rouges : la naissance du fils Moretti, les élections législatives italiennes et les projets cinématographiques du cinéaste.
On retrouve donc ici les trois motifs de Journal intime, les trois centres d'intérêt principaux de Moretti : la sphère privée, la sphère politico-sociale et, entre les deux, la sphère cinématographique. Sauf qu'ici, au lieu de jouer ses trois cartes successivement, Moretti les mélange en permanence : les trois sphères sont fortement emboîtées les unes dans les autres.

Pierre Silvestri


posted by Pierre at 13:51| 奈良 ☁| Comment(0) | TrackBack(0) | Cinéma européen | このブログの読者になる | 更新情報をチェックする
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