2009年05月08日

LE MIROIR (film soviétique de Andreï Tarkovski - 110 minutes - 1974)

En sept films de long métrage, Andreï Tarkovski, réalisateur « russe » officiant en URSS a formé une œuvre incomparable portant le cinéma vers une esthétique et des types de narration totalement inédits qui lui ont permis de figurer sa pensée et sa vision du monde. La tentation d’exhaustivité se heurte à l’extraordinaire densité de la filmographie d’un artiste pour lequel il a fallu sans cesse composer avec des autorités hostiles et vivre l’exil.
Dans Le Miroir, les événements et les figures majeures de l'existence d'Aliocha surgissent dans un afflux désordonné de souvenirs : sa mère, jeune et jolie, attend devant la maison du grand-père ; le père a quitté sa famille et sa présence survit sous forme de poèmes lus à la tombée du jour ; l'enfant assiste à un violent orage, puis à l'incendie d'une grange voisine ; etc.
Trente ans plus tard, Aliocha téléphone à sa mère. Il est malade depuis quelques jours. Comme l'avait fait jadis son père, il s'est éloigné de sa femme Natalia et de leur fils Ignat.
Alors que les souvenirs personnels reviennent à l'esprit, des faits historiques marquants revivent sous forme de vieilles bandes d'actualité : la guerre d'Espagne, la prise de Berlin à la fin de la seconde Guerre mondiale, les fêtes de la victoire à Moscou à l’issue du conflit, etc. Aliocha revoit encore comment il a appris à manier un fusil et comment sa mère, employée d'imprimerie en 1937, fut prise de panique en croyant avoir laissé une coquille dans un texte officiel.
Le Miroir a pour sujet l'émotion associée aux visions du souvenir. Tarkovski a composé un film à partir du matériau insaisissable du souvenir, de son souvenir. Il ne s'en cache pas : « Les destins de deux générations se superposent par la rencontre de la réalité et des souvenirs : celui de mon père dont on entend les poèmes dans le film et le mien. La maison du film est la reconstruction exacte de la nôtre, et a été construite à l'emplacement de cette dernière. On peut dire qu'il s'agit là d'un film documentaire. Les images d'actualité du temps de guerre, les lettres d'amour de mon père à ma mère, sont des documents qui façonnent l'histoire de ma vie. »
Le metteur en scène intègre aussi dans son propre souvenir personnel la mémoire collective du peuple russe. Le processus de remémoration est basée sur cette diversité des points de vue. Le collectif se met toujours en branle à partir de l'itinéraire individuel du narrateur. La vision d’Aliocha sur son enfance est entrecoupée de documents noir et blanc sur la guerre et l'image de sa femme se trouve dynamisée par des documents très courts et percutants sur la guerre d'Espagne. Le cinéaste annexe à sa propre conscience meurtrie la souffrance du corps russe tout entier.

Pierre Silvestri


posted by Pierre at 18:01| 奈良 ☁| Comment(0) | TrackBack(0) | Cinéma européen | このブログの読者になる | 更新情報をチェックする
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